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par Yves ROUSSEL

♦ Article paru dans le n° 111 de la Revue Musiques Mécaniques Vivantes de l’AAIMM ♦


 

Comment nait une passion ? Bien difficile à dire… Par contre il est possible parfois de se remémorer des faits qui, mis bout à bout, montrent un cheminement sans doute tortueux mais avec une direction qui se confirme petit à petit.

En ce qui me concerne, les passions ne manquent pas. Elles ont toutes un point commun : la mécanique. Et pourtant rien ne m’y prédestinait : pas d’antécédent familial et la seule chose que je n’aimais pas dans mon cursus scolaire c’était la mécanique, alors que l’électricité me fascinait : avec le recul, c’est assez curieux d’autant que les outils mathématiques utilisés dans les deux domaines sont les mêmes. Mais il est vrai que la mécanique qui m’intéresse aujourd’hui est celle de l’école pratique, qu’elle s’applique à l’automobile, à l’horlogerie ou à la musique mécanique, pas celle des équations différentielles d’école d’ingénieur.

Mais il faut revenir à la musique mécanique.

Dans mes années d’enfance je me rappelle les ducasses de ma Flandre natale, et plus particulièrement celles du village où habitait ma grand-mère maternelle. A la ducasse il y avait encore un grand manège de chevaux de bois qui m’impressionnait, même s’il faisait un peu désuet à côté des manèges plus modernes avec des avions ou les nouvelles « autos tamponneuses ». Par contre je ne me souviens plus s’il était accompagné d’un orgue, mais cela me semble vraisemblable en ce milieu des années 50.

Dans les mêmes années, la 1ère voiture de mes parents : une 4CV, nous permettait aussi des promenades dominicales et l’une des favorites de la famille était d’aller à Meli- Park : parc d’attractions situé à Adinkerque en Belgique près de La Panne, parc sur le thème des abeilles et de l’apiculture au départ et qui s’enrichit au fil des ans d’un zoo, de diverses attractions sur le thème des contes de fées…mais ce qui me passionnait le plus était un spectacle de fontaines musicales lumineuses.

Là non plus je ne sais pas s’il s’agissait de musique mécanique ou pas, mais cela est très vraisemblable et cette féerie créée par les jets d’eau multicolores accompagnant la musique : quelle merveille !

La 1ère rencontre vraiment certaine avec la musique mécanique date du milieu des années 60 et là encore cette aventure s’est faite avec la 4CV familiale. Mes parents voulaient passer des vacances en Suisse et le choix se porta sur un hôtel : l’Hôtel du Cerf à Sursee à 20km au Nord-Ouest de Lucerne. La région est magnifique et nous y avons passé des vacances extraordinaires. Mais le point qui m’a marqué pour toujours est que dans la salle de restaurant où nous mangions tous les soirs il y avait un Phonoliszt Violina (je n’en connaissais bien sûr pas le nom) et la 1ère fois où il a fonctionné j’étais totalement fasciné. J’ai su depuis que l’hôtel appartenait à un collectionneur d‘instruments de musique mécanique et qu’il y avait d’autres instruments dans l’hôtel mais dont je ne me rappelle plus. Le Phonoliszt fonctionnait de temps à autre et pour moi, à chaque fois, c’était une révélation. Bien des années plus tard j’ai pu reparler de cette collection avec Hanspeter Kyburz qui m’a confirmé que le Phonoliszt était resté dans l’hôtel jusqu’au début des années 2000 et que suite à des changements de propriétaires il avait été vendu. Un élément assez curieux de cette histoire est que nous étions partis à deux familles, soit six personnes et lorsque j’en ai reparlé dans les années 2000 avec les cinq autres personnes, toutes avaient oublié le Phonoliszt… moi seul m’en souvenait.

Une autre étape importante dans ma rencontre avec la musique mécanique a été la découverte du musée Henri Triquet. Ce fut un grand moment de joie et à chaque fois que j’allais à Paris j’essayais de trouver un moment pour y retourner. Je suis devenu un habitué du musée pendant quelques années avant qu’il ne ferme malheureusement.

C’est, je pense, suite à une visite au musée que je me suis inscrit à l’AAIMM en 1985…. Mais les voitures anciennes m’accaparaient et je ne pouvais pas me partager entre deux passions et l’automobile ancienne a pris le devant même si j’ai fréquenté quelques festivals d’orgues de barbarie dans le Nord de la France ou en Belgique.

A la fin des années 70 je me suis mis à collectionner les œils de bœuf, pendules d’époque Napoléon III et je fréquentais beaucoup les antiquaires et les brocantes. Un jour, à Lille, je vois dans un magasin d’antiquités une boite parallélépipédique avec une marqueterie style Boulle d’époque Napoléon III. La boite était jolie, j’entre dans le magasin et, surprise, elle contenait une boite à musique qui fonctionnait même si elle n’était pas en parfait état. Je l’ai achetée, davantage en objet de décoration que pour la boite à musique. Elle a enfin reçu une restauration complète par Michel Bourgoz il y a deux ans et elle a retrouvé tout son lustre, même si elle n’a pas révélé tous ses secrets car il n’a pas été possible de définir son constructeur.

Ma première boîte à musique

En parallèle, mes recherches m’ont permis de trouver des œils de bœuf avec boites à musique type tabatière, trois d’entre-elles étant jumelées avec des automates. Puis d’autres pendules murales plus conséquentes avec boites à cylindres de 23cm et 6 airs ont rejoint la collection. Tout doucement la musique mécanique prenait sa place dans mon univers.

Œil de bœuf avec tabatière et mouvement d’automates.

A l’aube des années 2000, j’avais six voitures de collection et leur stockage commençait à poser problème car elles étaient réparties dans différents garages qui rendait le ur entretien compliqué. Je finis donc par décider de construire un bâtiment pour les abriter toutes au même endroit. Dès que le terrain fut trouvé, je me lançais dans la construction et, aussitôt, le bâtiment fut conçu pour que je puisse aussi y mettre un orgue de foire car c’est l’instrument de musique mécanique qui supporte le mieux les variations climatiques, même si en hiver il faut l’arrêter quelques mois.

J’avais rencontré Patrick Desnoulez et j’allais le voir de temps à autre jusqu’au jour où je l’ai sollicité pour qu’il me trouve un orgue de foire. Quelques mois plus tard, une piste : Hanspeter Kyburz, en Suisse, cherche à vendre deux orgues : un Brüder et un Koenigsberg 56 touches. Nous allons les voir et le choix se fait sur le Koenigsberg. Encore deux ou trois mois et l’orgue arrive au garage.

Vous pouvez trouver ci-dessous les 3 liens youtube pour l’écouter :

Il y a quelques années, il a fallu lui faire subir une assez grosse restauration dont Patrick s’est chargé.

Encore quelques années et la retraite arrivant, un peu plus de temps disponible m’a permis de prendre part aux activités de l’AAIMM et de découvrir bien d’autres facettes de la musique mécanique que je ne soupçonnais pas.

La sonorité de l’orgue m’envoûte et je rageais de ne pouvoir davantage écouter aussi souvent que je le souhaite mon orgue de foire car il est un peu trop loin de mon domicile. Les visites avec l’AAIMM m’ont fait découvrir les Ets DECAP et il y a un an et demi je leur ai passé commande d’un orchestrion avec accordéon, batterie, xylophone et flûtes. Il va arriver dans quelques jours.

Suite à l’assemblée générale 2019 et à l’intéressante conférence de Marc Forestier ainsi qu’aux articles parus dans MMV 110 consacrés à la famille CADET, j’ai trouvé dans une pendule murale dotée d’une boite à musique que celle-ci est de DAVID cadet et porte le n° 3161.

Serais-je sage à présent ?

L’avenir nous le dira.