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par Jean-Marc LEBOUT & Michel TREMOUILLE

♦ Article paru dans le n° 88 de la Revue Musiques Mécaniques Vivantes de l’AAIMM ♦

Jean-Marc LEBOUT et Michel TREMOUILLE ont eu le bonheur de participer à la Convention MBSI 2013 à Chicago et, dans ce cadre, de visiter 3 des plus belles collections d’instruments de musique mécanique. Ils vous font partager ces grands moments au travers d’une vidéo.


 

=> Voir la vidéo sur la MBSI 2013 à Chicago
 

Nos amis américains ont tenu leur 64ème Assemblée Générale, fin août, dans la région de Chicago. Vu la taille du pays, l’association est subdivisée en douze chapitres, c’est le chapitre du Lac Michigan qui avait en charge l’organisation des quatre jours que dure cette convention baptisée ‘Sweet Home Chicago’. Le nombre de participants est limité à 350 personnes, nombre atteint sans difficulté vu la qualité du programme et des visites proposés. Une cinquantaine d’européens se sont joints aux autochtones, le plus gros contingent vient de Suisse (16) suivi de la Belgique (13), de l’Angleterre (8), de la France (4) et de l’Allemagne (4). Les trois collections qui font l’honneur de nous accueillir sont axées à 100% sur la musique mécanique avec une prépondérance pour les gros instruments. L’occasion est donc unique de voir, d’entendre et d’écouter des orchestrions, des orgues de foire ou de danse de fabrication européenne ou américaine et de pouvoir les comparer et les apprécier pour leurs différences.

C’est possible parce ce que tous les instruments sont dans un état de fonctionnement parfait. Un restaurateur présent me disait que les restaurations frisaient parfois la sur-restauration et que certains instruments n’avaient parfois plus beaucoup de pièces constitutives originales mais des copies exactes des éléments endommagés ou usées qui ne permettraient plus d’obtenir l’excellence musicale. L’éternelle question ‘Jusqu’où pousser une restauration’ reste posée… Pour nos hôtes, la finalité musicale, fonction première de tous ces instruments, est prépondérante et, de fait, on ne peut que constater la qualité musicale, le rendu des nuances, la balance sonore parfaitement équilibrée entre les différents instruments qui constituent l’orchestrion.

C’est au point que le même instrument écouté ouvert, pour en montrer la mécanique, ou fermé, comme il se doit, a un rendu bien différent.

Pour les meilleurs d’entre eux, les yeux fermés, on ne peut déceler être en présence d’un instrument mécanique, c’est stupéfiant… c’est le cas entre autre d’un Welte Brisgovia et d’un Hupfeld Helios II/25 de la collection Krughoff que nous avons l’insigne bonheur de pouvoir réécouter une seconde fois lors d’une visite privée faite en marge de la convention.

Pour l’amateur de boîtes à musique que je suis, je ne serai pas non plus déçu.

J’attendrai patiemment que les salons soient plus clairsemés et que les gros instruments se soient tus pour profiter, avec quelques autres férus, des cartels à ouvertures ou d’autres boites à très long cylindre de Mermod ou Paillard. Il nous sera donné d’écouter une boite dite à ouvertures et variations (Nicole Frères #40688). Dans le cas présent, deux airs de Thalberg, Last Rose of Summer et Lily Dale, sont joués successivement selon deux interprétations différentes.

C’est en fait une prouesse de l’arrangeur qui vise à utiliser au maximum les possibilités qu’offre la gamme du clavier. Il s’en suit une débauche de notes et de fioritures avec un résultat final qui peut être prodigieux (le cas de celle-ci) ou parfois moins réussi.

Vue partielle du salon de musique : de gauche à droite : Hupfeld Helios II/35, Hupfeld Super Pan Orchestra (cet instrument est équipé de deux chargeurs de dix rouleaux de musique !), Popper DeLuxe Salon orchestrion, Weber Othero, Welte Concert Orchestrion style 6. A l’avant plan, deux orgues allemands. Collection Bob et Sharon Gilson.

La même collection, celle de Bob Gilson, recèle un cartel qui joue l’ouverture de Guillaume Tell de Rossini sur trois révolutions pour une durée totale de 9 minutes (Ducommun-Girod #20269). De l’étage inférieur nous arrive une musique rythmée et dynamique, Bob est en pleine démonstration au Photoplayer, l’instrument qui créait l’ambiance dans les salles obscures à l’époque du cinéma muet.

Grands et encombrants, beaucoup de ces pianos, pourtant construits en nombre, ont aujourd’hui disparu.

Les deux premières journées de visites sont suivies d’une journée de conférences. Douze conférenciers présentent, pendant une heure, un thème qui leur est cher et qui est souvent le fruit d’années de recherches, de travail et d’intérêts. Signalons que l’un d’entre eux, n’était autre que Philippe Crasse qui avec la participation d’Eve ont explicité leurs recherches pour attribuer la paternité d’un grand automate ‘Joueur de flute de pan’ à Triboulet père ou fils ou encore à Jean Roullet. Malgré les difficultés et risques que cela présente, ils présentaient l’automate au public qui avait donc traversé l’Atlantique.

La France s’est donc montrée présente et active lors de cette convention. Parmi les autres sujets abordés, on trouve : comment utiliser l’informatique pour identifier les airs d’une boîte à musique sans carte des airs ; l’histoire de la compagnie J P Seeburg Piano Company ; comment refaire des disques pour la New Century ; Le Barbier de Séville à travers la boite à musique, présentation de l’œuvre de Rossini par différents airs de cet opéra transposés sur cylindre ou disque.

La soirée est consacrée au toujours très attendu marché aux puces où tout ce beau monde chine la pièce manquante à sa collection. Le niveau de qualité est bon, les prix ont tendance à reprendre un peu de couleurs de ce côté de l’Atlantique.

Façade du carrousel ‘Eden Palais’ une pièce historique et exceptionnelle du monde forain européen du début du XXème. A l’avant plan, l’effervescence du banquet de la 64ème convention de la MBSI. Collection Jasper et Marian Sanfilippo.

La dernière journée, traditionnellement celle du banquet final, se tient dans les locaux de la Fondation Sanfilippo où nous passerons l’après-midi et la soirée. Je ne trouve pas de superlatif suffisant pour décrire cette collection…

Le manoir fait de l’ordre de 2.500 m2, il s’étage sur trois niveaux avec une salle de cinéma avec parterre et balcon qui permet d’assister aux concerts de l’orgue de cinéma Wurlitzer (8.000 tuyaux, une machinerie s’étageant sur toute la hauteur du bâtiment) ; un escalier monumental au sommet duquel s’expose un orchestrion Imhof et Mukle à cylindres ; de nombreux salons de musique avec toutes leurs décorations domestiques et chaque fois plusieurs gros orchestrions ; au rez de chaussée est reconstitué un bar de 1920 avec son long comptoir et son enfilade de tabourets et plusieurs dizaines de petits orchestrions et machines à sous qui ont été construits pour animer de tels lieux.

C’est le Versailles de la musique mécanique… je vais d’étonnements en étonnements, je revis cette sensation d’extase enfantine comme devant une vitrine de Saint Nicolas… Je m’assieds nonchalamment dans un canapé pour écouter quelques airs classiques sur un Welte IV, je descends au bar accueilli par un Weber Unika, j’en ressors au son d’un Link à papier sans fin, entre temps j’ai mis une pièce dans un bandit manchot : perdu !

Le troisième étage, par l’escalier ou l’ascenseur en fer forgé rescapé de la démolition d’un hôtel des années vingt ? Ici voici un Mills Violano à un violon et à côté un autre à deux violons et puis plus loin le modèle de luxe ‘Bow Front’. Je m’attarde au garde corps de l’escalier, tiens j’ai raté le long de l’estrade du cinéma le Mortier de café 84 touches et a côté de lui, assez austère dans sa façade noire, c’est un Popper qui a fait les beaux jours d’un café à Boussu dans le Borinage.

Nous sommes 350 et c’est à peine si nous nous gênons. Que le temps passe vite… et pourtant je déambule ici depuis presque trois heures.

L’heure du banquet a sonné, direction le hall des fêtes foraines. Dissimulé à la vue depuis le manoir par un rideau d’arbres, cette bâtisse de 7.000 m2 au sol sert d’écrin au carrousel Eden Palais.

Sculpté en Belgique, ce galopant a été exploité par la famille de forains français Caron qui parcouraient les grandes foires du nord de la France, de Belgique et même jusqu’en Hollande. Vendu en 1950 à un parc d’attraction américain, il y séjournera 10 ans avant d’être vendu à un premier collectionneur qui le cèdera ensuite à Jasper Sanfilippo.

Il sera totalement et minutieusement restauré de même que l’orgue Gavioli qui le sonorise. Ce qui impressionne le plus quand on rentre dans le bâtiment, c’est la façade de 30 mètres de long et de 14 mètres de haut qui forme l’entrée du manège qui n’est pas directement visible. Elle est flanquée de deux statues équestres grandeur nature et décorée de quatre gigantesques vitraux représentant des papillons. Une pure merveille. Sur la grande esplanade située devant cette façade sont dressées les 35 tables qui accueillent les convives.

Tout cela ne peut se concevoir sans musique, contre les murs latéraux s’alignent la crème des orgues de foire : Limonaire, Gavioli (110 touches), Ruth et Sons, plusieurs Wurlitzer dont un spectaculaire modèle 180 Concert band, Decap, Mortier, Hooghuys…

Tous ces instruments animeront le repas particulièrement soigné qui nous est servi. Retour au manoir pour la clôture de cette convention par un concert unique sur l’orgue de cinéma. Durant nonante minutes, Dave Wickerham va faire vibrer l’assemblée en domptant ce monstre de 8.000 tuyaux. Il laissera, en autre, libre cours à son imagination musicale dans une adaptation de Gershwin et terminer sa prestation par un air patriotique américain chanté en cœur par l’assemblée. C’est spectaculaire et féerique à la fois !

Le dimanche est réservé aux ‘Open houses’. De plus petits collectionneurs ou des marchands de la région ouvrent leur porte aux visiteurs de la convention. C’est très convivial.

Pour ceux et celles qui aimerait en apprendre plus sur les collections Gilson, Krughoff et Sanfilippo visitées, je ne peux que conseiller la lecture du livre très fourni d’Art Reblitz ‘The Golden Age of Automatic Musical Instruments’ rédigé à partir du contenu sur ces trois formidables collections.