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Les pendules à flûtes "Haydn"

(par Philippe ROUILLE) - Article paru dans les n° 41 et 42 de la Revue Musiques Mécaniques Vivantes de l’AAIMM

janvier 2002

Le grand compositeur autrichien Joseph Haydn (1732-1809) est surtout connu pour ses symphonies et ses quatuors à cordes.
 
Mais il a aussi écrit pour des horloges avec orgue mécanique à flûtes de nombreuses pièces qui sont des modèles du genre.

L’article qui suit n’a aucune prétention scientifique ou technique : il veut simplement rappeler aux lecteurs de notre revue le rôle important joué par la musique classique dans les instruments de musique mécanique - et réciproquement.

Ecouter Haydn vaut bien un voyage
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Monsieur Naeschke

Un soir de mai 2000, coup de téléphone : "Hello, Philippe, veux-tu venir en Allemagne écouter une horloge de Niemecz qui vient d’être restaurée et qui joue du Haydn ? On ne pourra l’écouter qu’une fois, car ensuite le propriétaire veut rester anonyme et ne recevra personne ... ".
Lorsque l’on sait qu’il n’existe que 4 horloges à orgue de ce facteur de la fin du XVIIIe siècle connues dans le monde, qui jouent des pièces que Haydn a spécialement composées pour elles, on n’hésite pas.
Je prends donc le train pour l’Allemagne, où un ami m’emmène en voiture, par la superbe route des crêtes de la Forêt Noire, à Haigerloch-Weildorf (40 km au sud-ouest de Stuttgart), chez Matthias Naeschke, horloger réputé qui construit des régulateurs de parquet haut de gamme (certains à musique) et restaure des horloges complexes, en particulier des horloges à orgue ...

 
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L’horloge fermée
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L’horloge ouverte

Après avoir trouvé - non sans mal - son superbe atelier digne d’une clinique moderne au fond d’un joli petit village, nous rejoignons 35 autres privilégiés triés sur le volet autour de la mythique horloge ...
Cette horloge est surnommée "Urban" en référence à la famille qui la possédait autrefois.
C’est la seule des 4 horloges de l’époque de Haydn qui ait conservé sa caisse et son mouvement d’horlogerie.
M. Naeschke nous a alors expliqué les problèmes rencontrés pendant la restauration de cette pendule.
Il nous en a fait écouter la musique - ainsi que celle d’un autre grand mouvement jouant une pièce de Haydn et spécialement restaurée pour le musée de S. Wendel à Rüdesheim.
La soirée s’est agréablement poursuivie avec petits gâteaux et vin du Rhin, nouvelle écoute de l’horloge, discussions conviviales et animées sur la musique, la restauration, etc.

 

En suivant la partition (qui présente parfois de petites différences avec le cylindre réel), on ne sait qu’admirer, du génie de Haydn compositeur qui a su s’adapter aux possibilités limitées de l’instrument (ici seulement 17 notes !), ...

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Partition

... ou du génie du construteur, Primitivus Niemecz, bibliothécaire du comte Esthérazy (qui employait aussi Haydn) et excellent mécanicien, qui a su construire des mouvements d’orgue mécanique qui sont des modèles d’ingéniosité et de compacité ...

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Les flûtes et leur disposition

On notera l’emplacement des flûtes (en bois, de section rectangulaire), caractéristique de ce constructeur. Elles sont placées horizontalement et jointives sous le sommier qui fait caisse de résonance. La pression d’air est faible, de l’ordre de 30 mm, comme dans la plupart des mouvements de ce type et de cette époque.
D’un point de vue technique, après restauration, un tour de cylindre dure un peu plus de 40 secondes - ce qui correspond à l’air le plus long, plus un court laps de temps pour permettre au cylindre de se positionner pour l’air suivant.
Les autres airs (12 en tout) sont plus courts (28 secondes pour le plus bref), la partie de silence non notée se situant au début de l’air.

Matthias Naeschke a des principes de restauration stricts, qui ont surpris certains, occasionnant des discussions très intéressantes : il veut redonner à l’instrument l’aspect et le jeu qu’il avait lorsqu’il fut construit. D’où des laitons très polis, et un accord musical non tempéré qui privilégie les tierces et quintes "parfaites", de façon à recréer une ambiance de clarté et d’harmonie, calme et presque religieuse. Cet accord est rendu possible par le petit nombre de tonalités de la musique notée sur le cylindre.
J’ai été surpris par le câble métallique qui remplace le boyau originel sur la fusée de remontage : M. Naeschke m’a expliqué qu’il utilisait un câble spécial très souple (nombreux torons), insensible aux variations de température, et ne risquant pas de marquer fusée et barillet. Il est vrai que la rupture d’un boyau peut entraîner des dégats considérables.
L’écoute sur place fut un vrai plaisir. L’enregistrement privé sur CD (non commercialisé) que M. Naeschke a réalisé surprend néanmoins par la très grande rapidité d’exécution des pièces. Pour M. Naeschke, cette rapidité faisait partie du charme de ces horloges à flûtes, dont les morceaux n’ont jamais été écrits pour être joués manuellement.
Dans le même esprit, M. Naeschke a restauré pour un autre collectionneur une autre horloge très proche, également de P. Niemecz, et jouant quelques pièces de Haydn.
A titre de comparaison, le musée d’Utrecht restaure actuellement un autre mouvement à 27 flûtes de Primitivus Niemecz, dont l’horloge est hélas perdue. Ce mouvement daté de 1793 est le plus grand connu et joue 12 airs dont la très belle fugue n° 24 du catalogue Schmid. Le cylindre étant en mauvais état, le Dr Haspels préfère en relever la notation par un appareillage électronique complexe mais performant...

... , qui permettra de construire un nouveau cylindre, tout en sauvegardant l’ancien bien sûr.

Le reste du mouvement (moteur, soufflerie, tuyaux) est restauré, la pression d’air étant de 26 mm.

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L’aspect du mécanisme (extrait)
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L’aspect du dispositif (extrait)
Haydn et la musique mécanique

Plusieurs grands compositeurs ont écrit quelques oeuvres pour des instruments de musique mécanique : C. P. E. Bach, Mozart père et fils, Haydn, Haendel, Beethoven, etc...
Dans le cas de Haydn, ses compositions pour orgue mécanique sont connues depuis les travaux du musicologue Schenrich, qui publie en 1922 son "Joseph Haydn", et ceux de Schmid, qui publie la partition des 32 pièces pour horloge à flûte en 1932, en partie d’après les manuscrits, et en partie à partir de l’écoute des horloges existantes.
Cette partition est en cours de réédition chez Bärenreiter.

Depuis, plusieurs musicologues ont écrit sur ces compositions et les instruments qui les jouent, dans divers livres et revues. H. Strengers a essayé dans la revue allemande (juillet 1998) de mettre un peu d’ordre dans toutes ces publications, mais l’ensemble reste néanmoins encore complexe.
D’autant plus que la musicologue Sonja Gerlach a remis en cause l’attribution de nombreuses pièces à Haydn.
On ne connait que quelques orgues mécaniques qui jouent du Haydn, et encore certains ont été construits au XIXe s après sa mort, et sa musique a pu être "arrangée" au goût du jour. Un secrétaire berlinois reproduit ainsi un allegro.
On connaissait (en Suisse, en Allemagne et à Vienne) 3 horloges à flûte jouant, si on additionne le répertoire de leurs cylindres, 30 des 32 pièces sus-mentionnées. Celle qui est présentée dans cet article est la plus simple (12 airs sur 17 flûtes), mais c’est la seule qui ait conservé sa caisse et son mouvement d’horlogerie.

On la désigne en général par l’appellation "Urban clock", du nom de la famille qui la possédait à Vienne. Les deux autres se trouvent l’une, en cours de restauration au musée d’Utrecht, et l’autre (restauration non envisagée actuellement) au Kunst Historische Museum de Vienne.
Ces trois horloges ont en commun d’avoir été construites par le bibliothécaire de la cour du Prince Estherazy, Primitivus Niemecz, qui était un ami de Haydn.
Une quatrième pendule similaire a été découverte vers 1996, et vient d’être également restaurée par Mathias Naeschke. Elle joue 12 pièces, dont 6 étaient déjà connues et sont effectivement de Haydn, mais 6 autres étaient totalement inédites. Leur attribution à Haydn est possible, mais non certaine.

D’autres horloges similaires ont pu être construites à l’époque, mais elles ne sont pas connues. Arthur Ord-Hume, dans un article publié par la revue anglaise à l’automne 1996 mentionne qu’une telle horloge existerait en France, mais qu’hélas "son cylindre aurait été repicoté pour jouer une musique populaire beaucoup plus tardive".

Nous avons évoqué les quatre pendules connues, construites à la fin du XVIIIe siècle près de Vienne par Primitivus Niemecz, bibliothécaire du Comte Estherazy. Ce dernier était aussi l’employeur du grand compositeur Joseph Haydn, qui avait écrit un certain nombre d’airs exprès pour ces pendules.

Nous traiterons maintenant des points suivants :
- Quelles sont les caractéristiques
- L’historique de ces pendules ? Où se trouvent-elles actuellement ?
- Les airs qu’elles jouent sont-ils tous de Haydn ?
- Quelques éléments de discographie et de bibliographie. Le livre récemment paru de Helmut Kowar sur les mouvements viennois à jeux de flûtes fait l’objet d’un article à part du n° 42 de notre Revue.
- Dan sce même numéro 42, vous trouverez la reproduction de la partition d’un de ces airs : vous pourrez essayer d’en faire votre propre carton !

Rappelons que cet article n’a pas de prétention scientifique, mais vise seulement à intéresser nos lecteurs aux rapports entre la musique classique et les instruments de musique dits "mécaniques". Je remercie le Dr Haspels et M. Naeschke des précisions qu’ils m’ont apportées.

Comparaison des 4 pendules connues

Les 4 mouvements à orgue connus de Primitivus Niemecz sont construits de la même façon, qui a été décrite dans la première partie de cet article : tuyaux côte à côte situés sous le sommier, ce qui rend l’ensemble très compact.
(Pour simplifier, nous parlerons d"’horloges" ou de "pendules" - ce dernier terme ne s’appliquant qu’aux horloges à balancier, ce qui était le cas pour les horloges étudiées - bien que Niemecz n’ait sans doute construit que les mouvement à orgue, qui seuls subsistent d’ailleurs pour 3 de ces 4 pendules).

Comparatif des gammes de ces 4 pendules
Historique de ces pendules

Haydn a personnellement connu ces quatre horloges

Ceci tout simplement parce que leur génial constructeur, le bibliothécaire Primitivus Niemecz, était employé par le comte Esterhazy qui était le patron de Haydn. Ils se voyaient donc fréquemment et étaient amis. Haydn a participé activement à la composition et sans doute à la notation des pièces, et il semble même avoir possédé au moins deux de ces pendules (la "Teubner" et la "Veyder-Malberg"), ainsi que le prouve le petit historique suivant (repris du livre de Ord-Hume sur Joseph Haydn and the Mechanical Organ).

- Pendule "Teubner" (1789) : elle fut dédiée par Haydn à la femme du maître de choeur de la cour de Vienne, Florian Leopold Gassmann, pour le baptême de leur fille. Plus tard, l’horloge fut transmise à des parents, la famille Teubner-Reghem à Vienne. L’un de leur descendants, sans postérité, l’a léguée en 1999 au Kunst Historische Museum de Vienne, où elle est exposée en l’état (non restaurée, et non jouable).
- Pendule "Urban" (1792), celle que j’ai vue restaurée chez Matthias Naeschke. Elle appartint aux princes de Lichtenstein, puis à divers propriétaires, puis au Dr Urban à Vienne, d’où son nom, et maintenant à un propriétaire privé anonyme.
- Pendule Veyder-Malberg (1793). Haydn la donna à son employeur, le prince Esterhazy. Un descendant du prince la vendit, elle voyagea beaucoup : Londres, Merano, Vienne, Stuttgart avant de devenir propriété du Baron qui lui a donné son nom, qui l’a d’abord prêtée au musée de la Ville de Münich, avant qu’elle ne soit achetée par le Musée d’Utrecht en 1993.
- 4e pendule (1793-94), récemment découverte, et très proche de la "Teubner" : on ne connait pas son historique. Elle appartient à un collectionneur privé anonyme européen.
- Il est possible que d’autres pendules similaires aient été fabriquées par P. Niemecz, mais elles restent à découvrir ...

Bien sûr, on connait quelques autres horloges à orgue du XIXe siècle qui jouent des airs (ou des arrangements d’airs) de Haydn, mais elles n’ont pas été construites par P. Niemecz et n’ont donc pas été connues de J. Haydn, surtout que la plupart sont postérieures à la mort du compositeur (1809).

La musique de ces pendules, et leur attribution à Haydn

Le musicologue Schmid avait publié en 1932 les partitions de 32 pièces attribuées à Haydn, et relevées en partie d’après les manuscrits, et en partie à partir de l’écoute des horloges existantes : 30 de ces pièces sont effectivement notées sur des cylindres connus, mais on ne connait pas de cylindre comportant les pièces 31 et 32.
Certaines attributions et l’ordre chronologique ont été récemment remises en cause par la musicologue Sonja Gerlach. La première pendule que l’on pensait avoir été construite en 1772 semble en fait l’avoir été vers 1789 : les 4 pendules ont donc été construites dans un laps de temps n’excédant pas 5 ans.

D’après les travaux de Sonja Gerlach, les 32 pièces supposées de Haydn devraient en réalité être réparties en 4 catégories :

  1. 12 pièces sur les 32 auraient été expressément composées par Haydn pour horloge mécanique.
    N°s 1,2,3, 12, 19,20,21,22,23,24,27 et 31
    On remarquera que cette dernière ne figure sur aucun cylindre connu, soit qu’elle n’ait pas été transcrite sur un cylindre, soit que l ’horloge correspondante reste à découvrir !
  2. 5 pièces sur les 32 auraient été arrangées par Haydn à partir de ses propres œuvres.
    N°s 11 (quatuor 54 n° 2), 28 (q.71 n° 2), 29 (Syrnph. 101, "L’horloge"), 30 (q. 64 n° 5) et 32 (Symph. 99).
  3. 7 pièces sur les 32 auraient été arrangées par d’autres que Haydn à partir cependant d’oeuvres du maître, parfois très modifiées. Aucun quatuor ne figure dans ces transcriptions.
    N°s 4,5, l3, 15, 17, 18 et 25
  4. 8 pièces sur les 32 ne seraient pas du tout de Haydn, ni en original, ni en transcription.
    N°s 6, 7, 8, 9, 10 (final d’une symphonie de Dittersdorf), 14, 16 (danse russe de 1796 ??? (date bizarre), réutilisée plus tard par Beethoven -dans des variations pour piano) et 26 (aria de Schuster).

On sera peut-être déçu d’apprendre que certaines des 32 pièces ne sont pas de Haydn : cela n’est pas très grave, car ce sont de toute façon d’excellentes compositions tout à fait dans la manière de l’époque. Haydn les connaissait certainement, et si elles ne lui avaient pas plu, il aurait sans doute dissuadé son ami Primitivus Niemecz de les noter sur ses mouvements à orgue.

Voici enfin pour la commodité l’équivalence des numéros des pièces par Schmid avec le catalogue général Hoboken des oeuvres de Haydn, ce dernier catalogue tenant mieux compte de la chronologie du compositeur : 1=17, 2=10, 3=18, 4= 19, 5=20, 6=8, 7=21, 8=7, 9=22, 10=23, 11=9, 12=24, 13=1, 14=2, 15=3, 16=4, 17=5, 18=6, 19=11, 20=12, 21=13, 22=14, 23=15, 24=16, 25 à 32 = 25 à 32.

Quelques éléments de bibliographie et discographie

- Les livres généraux sur J. Haydn sont nombreux et sérieux, mais la plupart négligent curieusement ses compositions pour horloges à flûtes, ou les mentionnent de façon erronnée.
- Les partitions réunies par Schmid sont en cours de réédition par Bärenreiter, Son introduction en allemand et en anglais, même si elle n’est plus tout à fait exacte, reste très intéressante.
- En français, on consultera "Les instruments de musique mécanique", du Dr Buchner (Ed. Gründ, épuisé), et les pochettes de divers CD, dont celui de Pierre Charial (texte de Gérard Dôle).
- En anglais, on trouvera des indications intéressantes dans la thèse de M. Haspels, directeur du musée d’Utrecht ("Automatic musical instruments"), dans divers articles de Ord-Hume dans sa revue "Music & Automata" et dans son livre (épuisé) : "Joseph Haydn and the mechanical Organ".
- Dans la revue de l’association allemande GSM (No 72, 1998), Hendrik Strengers a publié un recensement sur ce sujet qui reste très touffu.
- Les travaux de Sonja Gerlach ont été publiés (en allemand) par le Joseph Haydn Institut de Cologne, dans les années 1990.
- Le beau livre (en allemand) de H. Kowar sur les mouvements à flûtes viennois est examiné par ailleurs dans le numéro 42 de notre revue.

Il existe de nombreux enregistrements de ces pièces de Haydn pour pendules à flûtes, mais la plupart sont jouées - avec des bonheurs inégaux - par de vrais musiciens, soit sur des orgues d’église (en général joués trop lentement ou avec des jeux trop variés, trop épais ou trop bruyants), soit par des formations plus intéressantes, tels un quatuor de flûtes à bec (disque 33 t du Wiener Blockflötenensemble, Teldec 1983, Telefunken digital 6.42852 AZ).
Pierre Charial a enregistré ces pièces sur CD (Nocturne MPCD 511). Malgré la sonorité trop percussive de son orgue de concert Odin 42 touches, sa transcription sur carton perforé rend justice à la qualité musicale géniale de ces pièces faites pour de petits orgues mécaniques d’appartement.
D’autres transcriptions ont été faites sur carton perforé, mais avec un intérêt et un bonheur très inégal.

Haydn, pièce pour horloge à flûtes n° 10

Cette partition, actuellement épuisée mais en cours de réédition, est reproduite à la fin de cet article avec l’aimable autorisation des éditions Bärenreiter.
Nous l’avons fait précéder du début du carton correspondant noté par Pierre Charial.

Bien qu’attribuée à Haydn par Schmid, cette partition serait en fait la transcription du final d’une symphonie de K. von Dittersdorf (1739-1799), de la même époque et dans le même esprit que la musique de Haydn, dont Dittersdorf était d’ailleurs un ami.
Le cylindre de l’horloge restaurée par Naeschke présente quelques différences avec cette partition. Ainsi, dans la partie médiane, les "traits" sont joués en tierce ou en quinte, et les accords arpégés dans la partition ne le sont pas sur le cylindre.
Même pour les non-musiciens, cette partition peut apprendre beaucoup de choses.
C’est un petit chef-d’oeuvre de la musique classique, plein de rigueur et d’une joyeuse fantaisie. 40 mesures, à jouer en 40 secondes de bonheur, le rythme binaire très régulier, rappelant étonnamment le balancier d’une horloge, d’autant plus qu’en Autriche, nombre de petites pendules ont un balancier court et bien visible qui bat allègrement la demi-seconde et même parfois le 1/4 de seconde (pendules "zappler" ou "queues de vache" surtout répandues au XIXe siècle). Si on accepte d’être anachronique, on peut aussi imaginer un film muet se déroulant sur un rythme saccadé et accéléré ... ou même l’ouvrage têtu d’une machine à coudre !
Ce rythme n’est pourtant pas monotone, grâce à l’inclusion de divers passages en dédoublement, triolets, etc... qui varient l’impression générale sans l’interrompre.

La tonalité est la plus simple qui soit : do majeur.
L’horloge d’origine possède 17 notes, mais seules 15 notes sont utilisées dans cette pièce, en deux octaves diatoniques de do à do, Cela permet de noter cette pièce sur de très nombreux orgues de 15 notes ou plus, quitte à transposer (cas des organettes Thibouville par exemple). Les deux notes non utilisées ici mais employées dans les autres pièces de la même horloge sont les deux fa dièze qui permettent de jouer aussi en sol majeur.

Cette rusticité apparente de la gamme n’exclut pas une construction musicale très solide, et une savante gradation des effets obtenus.
L’ensemble doit être joué plutôt vite, de façon enlevée et sans faiblesse.
5 groupes de 8 mesures se suivent.

A A’ (4 + 4) : thème (deux fois)
B B’ variation (deux fois), avec rythme dédoublé. On remarque un sol aigu qui se répète comme une joyeuse enclume.
C C’ (4 + 4) une série de courtes phrases amusantes, dérivées du thème, se répondent, conclues à chaque fois par un arpège très rapide, plus proche d’un accord de luth ou de guitare que d’un orgue !
(Arpèges plutôt qu’accords de 7 notes : sans doute aussi pour épargner la réserve d’air).
A A’ (4 + 4) Répétition du thème
B B" (4 + 4) Répétition de la variation, avec quelques modifications dans le B", en particulier une intervention plus discrète du sol, qui mène aux accords finals.

L’enregistrement le plus accessible est celui de Pierre Charial, dans son CD sur Haydn et Mozart, et dont nous reproduisons ci-dessus le début du carton.

L’auteur tient à remercier les personnes qui lui ont apporté leur concours, en particulier Mathias Naeschke, Jan Jaap Haspels (pour la restauration en cours à Utrecht), les noteurs Antoine Bitran et Pierre Charial, et les propriétaires des horloges mentionnées, qui désirent garder l’anonymat.

 
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